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Doulas engagé·es — Le manifeste

  • Photo du rédacteur: La Relève - école doula engagé·e
    La Relève - école doula engagé·e
  • 9 avr.
  • 3 min de lecture

Accoucher n'est ni un acte médical, ni un acte naturel dépourvu de construction sociale. Enfanter est politique.

Et dans cet espace, accompagner ne peut être neutre. La manière dont on soutient, ce qu’on nomme, ce qu’on laisse passer, ce qu’on choisit de voir ou d’ignorer participent à maintenir ou à transformer ce qui se joue.

C’est pour ça que le monde a besoin de doulas engagé·es. Pleinement présent·es., conscient·es et outillé·es. Capables d’accompagner avec lucidité dans des systèmes complexes.


Être une doula engagé·e, c'est avoir une posture de présence, d’accueil et d’écoute située. C'est reconnaître la place depuis laquelle on accompagne, à partir de notre histoire et de nos privilèges. Et la place que l’on prend auprès des familles que l’on accompagne. C’est créer un espace sans jugement, où la parole peut exister sans être dirigée. Offrir une écoute active, qui permet aux personnes de se sentir vues et reconnues afin de trouver leurs propres ressources. Parce que la manière dont on écoute participe déjà à ce qui devient possible.

Être une doula engagé·e, c'est connaître la physiologie de la naissance et s'appuyer sur les données probantes. C'est comprendre les mécanismes du travail et de l'accouchement pour mieux soutenir sans interférer. C'est aider les personnes qu'on accompagne à décider en meilleure connaissance de cause.

Être une doula engagé·e, c'est accompagner avec une approche sensible au trauma. Parce que le corps garde la mémoire. La salle de naissance peut être un lieu de reviviscence : un geste, une contraction, une perte de contrôle, un bruit, une odeur… peuvent réactiver des traumas. Cette conscience nous rappelle que notre présence a un impact : elle peut participer à la blessure, ou au contraire, poser les conditions d'une expérience qui empuissance.

Être une doula engagé·e, c'est accompagner la diversité des personnes qui enfantent. Une doula engagé·e adapte son langage, ses représentations, sa pratique à la réalité singulière des familles qu'elle accompagne. Pas en se revendiquant expert·e de toutes les réalités, mais en maintenant l'humilité d’écouter, d'apprendre et de se laisser corriger.

Être une doula engagé·e, c'est soutenir activement les droits des personnes qu'on accompagne. C'est savoir que le consentement éclairé n'est pas une formalité administrative, mais un droit fondamental. C'est tenir une posture, même quand l'équipe médicale presse, que le temps manque ou que la peur paralyse. C'est s'assurer que la personne qui enfante reste le sujet de sa propre naissance, pas l'objet d'un protocole. Tenir bon dans les espaces où la hiérarchie écrase, où l'urgence sert d'argument d'autorité, où le silence est pris pour de l'accord. 

Être une doula engagé·e, c'est comprendre que les violences obstétricales s'inscrivent dans le continuum des violences sexistes et sexuelles. Que les rapports de domination sont fondés sur le genre, la race, la classe. Le corps qui enfante n'est pas traité de la même façon selon qu'il est blanc ou racisé, mince ou gros, valide ou handicapé, riche ou pauvre, cisgenre ou trans. Les violences obstétricales sont le prolongement de ces inégalités structurelles. Pas des accidents isolés, ni des maladresses individuelles. Les nommer, c'est cesser de les excuser, refuser de les normaliser.

Être une doula engagé·e, c'est comprendre et reconnaître les systèmes oppressifs ainsi que nos propres biais. C'est faire le chemin pour les déceler, les observer avec humilité. Parce que nous accompagnons la naissance depuis un espace social situé, et ne pas le reconnaître ne fait pas de soi un·e doula neutre mais un·e doula complice d'un système coercitif.

Être une doula engagé·e, c'est refuser le piège de l'essentialisme. Donner naissance n'est pas plus l'expression d'une féminité universelle qu’un événement dangereux à médicaliser à tout prix. Mythifiées ou objectivées. Dans les deux cas, les personnes cessent d'être des sujets souverains.

Être une doula engagé·e, c'est construire une pratique viable, rémunérée justement. C’est refuser que le care repose sur le sacrifice. Défaire les croyances qui associent valeurs morales, don de soi et gratuité. Charger son juste prix est un acte politique. Parce qu'une pratique qui ne dure pas ne transforme rien. 

Être une doula engagé·e, c'est comprendre que le changement se construit ensemble. Dans la réflexion collective, la transmission des savoirs et la mobilisation. Choisir de faire communauté plutôt que de pratiquer en silo ; c'est contribuer à un mouvement émancipateur, qui refuse que les personnes qui enfantent soient traités différemment selon leur genre, leur race, leur classe, etc. 

Être une doula engagé·e, c'est accepter de ne jamais « avoir fini d’apprendre ». C'est continuer à se former, à remettre en question sa pratique, à faire évoluer ses repères au contact du terrain et des savoirs. Parce que la réalité et nous-même évoluons constamment.

Être une doula engagé·e, c'est accepter d'être en mouvement. Constamment. De se tromper. De recommencer. C'est choisir, encore et encore, de rester lucide plutôt que confortable. Avec l’audace de la vulnérabilité.

Ensemble, nous sommes La Relève doula.


 
 
 

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